FANDOM


Le Supplément au Voyage de Bougainville ou Dialogue entre A et B sur l'inconvénient d'attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n'en comportent pas, est un roman philosophique de Diderot.

Écrit en 1772 et publié pour la première fois en volume en 1796 à titre posthume dans un recueil de d'Opuscules philosophiques et littéraires, la plupart posthumes ou inédites.

IntrigueModifier

LOUIS-ANTOINE DE BOUGAINVILLE de la marine française, navigateur, géographe

Chapitre 1 : Jugement du voyage de Bougainville Modifier

Les deux personnage attendent que le brouillard se lève pour continuer leur périple. Le personnage B est train de lire le Voyage autour du monde de Bougainville. Le A, qui n'a pas lu cet ouvrage, pose des questions à B sur la personnalité de Bougainville et sur son voyage, ce qui permet à B de rappeler les grandes étapes de son périple.

Ensuite ils évoquent les éléments naturels, les maladies, les dégâts matériels, la difficulté d'avoir des secours, puis ils parlent de l'attitude colonisatrice des Jésuites au Paraguay et leur expulsion ; la remise en cause du gigantisme des Patagons, la présentation d'Aotourou, l'Otaïtien qui accompagna Bougainville à Paris et des remarques sur la difficulté de rendre compte des mœurs européennes tant elles diffèrent des leurs.

Une fois le brouillard levé, ils continuent de se balader. B propose à A de lire le Supplément du voyage.

Chapitre 2 : Les adieux du vieillard Modifier

Tahitiens présentant des fruits à Bougainville et ses officiers.

Un vieillard, figure emblématique de la sagesse, qui s'était retiré et enfermé chez lui lors du séjour des Européens, sort lors de leur départ. Il s'adresse à son peuple leur disant qu'il faut déplorer l'arrivée de ces envahisseurs et non leur départ.

Puis, il blâme Bougainville « le chef des brigands », avec mépris, lui reprochant d'avoir apporté le vice. Il critique les mœurs des Européens « civilisés » et les compare à celles, sages, des Otaïtiens « sauvages ». Enfin, il maudit Bougainville et son équipage, souhaitant que leurs navires fassent naufrage.

A et B ne comprennent pas vraiment le discours du vieillard mais ils s'attardent à justifier la vérité du discours. En effet, ce passage n'existe pas chez Bougainville et Diderot, pour donner de la crédibilité.

Chapitre 3 : Entretien de l'aumônier et d'Orou Modifier

B raconte à A, les événements entre l'aumônier qui logea chez l'Otaïtien Orou, âgé de 36 ans, marié de trois fille (Asto, Palli et Thia). Celui-ci offre à son invité après le repas, sa femme et ses trois filles dans le but que l'aumônier en choisisse une et la fasse devenir mère selon les coutumes otaïtiennes. Mais l'aumônier refuse en accord avec les principes de sa "religion", son "état", ses "bonnes mœurs" et son "honnêteté". Les deux individus discutent alors des coutumes otaïtiennes, des relations hommes/femmes, de la religion et de l'Etat de l'aumônier.

Le lendemain, Orou en vient à critiquer le mode de vie des Européens qui doivent obéir à Dieu, aux magistrats et au prêtres à la fois, mais qui ne font pas et ne sont pas châtiés.

Polly Baker (Supplément au VOyage de Bougainville)

Ensuite A et B Lisent en marge les qualités d'une bonne femme féconde en Otaïti. Enfin, A et B évoquent l'histoire de Miss Polly Baker qui se retrouve enceinte pour la cinquième fois hors mariage. Suite à son argumentation sur la culpabilité des hommes, elle échappe à son amende.

Chapitre 4 : Suite de l'entretien de l'aumônier avec l'habitant d'Otaïti Modifier

L'aumônier et Orou continue d'en apprendre davantage sur la culture de l'autre. Ils discutent du libertinage, d'inceste, d'adultère, de la valeur d'un enfant en Otaïti et celle des biens en Europe, puis de la position de moine de l'aumônier. Orou critique celle-ci où les moines se sont soumis à des contraintes pour des raisons floues, serment qu'ils ne respectent pas. Enfin, l'aumônier raconte qu'il cède aux trois filles et à la femme d'Orou.

Chapitre 5 : Suite du dialogue entre A et B Modifier

A et B comparent le mode de vie otaïtien et européen et critiquent la société européennes et ses lois sans fondement et contradictoires. Ils se demandent si le mariage, la galanterie, la coquetterie, la constance, la fidélité et la pudeur sont des principes de la nature et finissent par s'interroger sur leur propre société. Ils se demandent si l'homme « sauvage » n'est pas meilleur que l'homme « des villes ».

La conversation se poursuit sur les conséquences désastreuses des lois policées et sur un réquisitoire à l'encontre des sociétés européennes : en refusant de suivre les lois de la nature, l'homme est devenu malheureux, il s'est imposé des obstacles, il est la source même de ses malheurs.

Le chapitre se termine sur leur volonté de revenir aux lois de la Nature. Puis, comme le brouillard est tombé, ils prévoient déjà ce qu'ils feront après dîner.

Personnages Modifier

  • A et B : deux amis que le mauvais temps empêche de sortir. B est celui qui a lu le récit de Bougainville et le Supplément à ce récit (« mise en abyme » : le supplément en question est celui que nous sommes en train de lire). Ce sont deux philosophes des Lumières : curieux, intéressés par les découvertes scientifiques ou géographiques. Ils aiment à raisonner et à débattre, se passionnent pour les différences entre civilisations, s’interrogent sur l’état de nature et le rôle de la société. A semble d’abord en retrait par rapport à B : c’est lui qui pose les questions, qui n’a pas les connaissances de B qui dirige le débat.
  • Le Vieillard : il apparaît réellement dans le récit de Bougainville où il se montre indifférent à l’arrivée des Européens, silencieux. Diderot va s’emparer de ce personnage pour en faire le porte-parole des adversaires de la colonisation. Ce personnage s’exprime avec toute l’éloquence d’un Européen... L’humour de Diderot qui attribue cette aisance rhétorique à la traduction est ici bien présent. Ce sont bel et bien les idées de Diderot que défend ici le vieillard : on retrouve cette accusation dans d’autres écrits de l’auteur (le compte-rendu qu’il avait fait du récit de Bougainville ou dans Histoire des Deux Indes qu’il a écrit ne collaboration avec l’abbé de Raynal).
  • L'Aumônier : il y avait effectivement un aumônier dans l’expédition menée par Bougainville mais celui du livre est une invention de Diderot. C’est un être simpliste, incapable de résister à l’éloquence d’Orou. Il est aussi comique dans son comportement mais il sait s’adapter à la situation et « être moine en Europe, sauvage en Otaîti »
  • Orou : ce personnage est sans doute inspiré d’Aotourou, le Tahitien que Bougainville avait amené avec lui en Europe mais là encore, Diderot se sert d’une réalité pour imaginer tout autre chose. Ainsi Orou est, tout autant que le vieillard, un maître de la rhétorique et lui aussi, défend des idées de Diderot : critique contre l’Église, la religion, défense du bien général qui doit l’emporter sur le bien particulier, plaidoirie pour l’état de nature, critique des préjugés, critique des contradictions de la société européenne. Mais contrairement au vieillard, c’est un homme de dialogue.
  • Polly Baker : ce personnage est inspiré de Benjamin Franklin qui avait imaginé cette femme afin de défendre les jeunes filles séduites. Dans le livre, elle n’a qu’un rôle secondaire mais montre que la loi qui condamne les filles-mères en raison de leur « mauvaise conduite » est mauvaise pour les individus autant que pour l’état, c’est à nouveau une illustration du sous-titre. Son histoire permet d’autre part d’opposer la civilisation saine de Tahiti aux erreurs de la civilisation occidentale.

Thèmes abordés Modifier

  • Liberté sexuelle, mariage et morale (débat dont on peut voir des exemples dans les romans libertins de ce siècle)
  • Enfant et société : ne pas oublier que l’intérêt pour l’enfant en tant que personne et son éducation sont des sujets qui intéressent les hommes de cette époque, et c’est nouveau.
  • Propriété et partage : autre thème qui intéresse l’époque.
  • Méfaits de la colonisation : thème lui aussi en débat et que Diderot aborde dans l’Histoire des Deux Indes.
  • Nature et société : les avis sont partagés ; Voltaire estime que la société est utile à l’homme ; Rousseau pense qu’elle le pervertit. Ici, Diderot met en évidence le caractère paradoxal des lois qui s’imposent à l’homme en société.
  • Religion : le Supplément tend à montrer que la religion et ses préceptes sont nuisibles à l’individu, à la société et au bien en général, parce qu’elle va à l’encontre de la nature.
  • Bonheur : autre thème important dans les débats de l’époque (Madame du Châtelet, Discours sur le bonheur), lié ici à l’état de nature et à l’utopie de Tahiti alors que les lois contradictoires de l’Europe empêchent l’homme d’être heureux.
  • Le Bon Sauvage : depuis Montaigne, thème qui attire.

SourcesModifier

  1. 1,0 et 1,1 Première édition française - Notice BnF

NavigationModifier

Œuvres du XVIIIe siècle
Romans
Candide (1759) • Les Liaisons dangereuses (1782) • Jacques le Fataliste et son Maître (1796)
Nouvelles & Contes
Zadig (1748) • Micromégas (1752) • Supplément au Voyage de Bougainville (1796)
Théâtre
Le Jeu de l'amour et du hasard (1730) • Le Barbier de Séville (1775) • Le Mariage de Figaro (1784)
Essais
L'Encyclopédie (1751-1772)
Sauf mention contraire, le contenu de la communauté est disponible sous licence CC-BY-SA  .